Une soeur bâtit un empire, ce matin
Une soeur bâtit un empire,
les oies sauvages quittent le nid,
vertes sont les traces dans le ciel,
assoiffées d’avenir et de frais en nuque.
des larynx de bêtes sifflent dans le vent,
glacés par ton soupir,
tu aides le dernier oiseau soulevé.
L’élan d’une foule
divise des êtres qui tressautent par surprise,
un frêre ami resserre ses liens
et puise en lui un dernier fond de chaleur,
la bougie éteinte, cire durcie, mèche collante,
frappe le vent froid.
tout bouge au sein de l’immobilité.
Professionnels poètes singent
une fois de plus les Ecritures.
Ah! mais c’est bien toi
que je vois apparaître
derriere ce flan!
Tu ne sais pas si bien dire,
bruit dans une corne
au loin qui muse.
Cherche plus loin,
cherche encore.
Le calcaire s’aplatit sous le poids
de ta forme humide.
Pelée est la pierre.
C’est tout un monde
encore que cette affaire là.
Des dossiers s’empilent sous toi,
qui mange des pages de catalogue.
Pourtant les pages claquent encore,
courant d’air, brusque et futile.
une moisissure court après une autre.
Et la vieille Peugeot recule dans ta mémoire.
Suzanne, ah tu cries encore,
mais que fais-tu vieille peau
de mensonges, arrachée à l’eau?
Tu nous épuises, petite rate.
Il y avait des ruisseaux sans source
et des rives sans mère,
des rivières sans mont,
sans neige fondue,
et d’artifice,
tout tenait en un seul morceau.
Escalade-moi, vieille vache,
si tu ne crois pas que je te vois,
avec tes mouvements de hanches
et tes pieds qui dansent
quand je soupire.
Tout s’étiole,
et toi avec.
Et ta soeur qui danse,
du ventre avec un piquet,
pour signaler les avancées technologiques,
qu’en fais-tu?
Serre-la fort,
elle coule.
Hors de toi aussi,
elle coule.
Elle voyait cette coulée,
au bas des descentes de lit, jadis.
Sauvage descente de liquide
retenue dans des tapis colorés.
Elle s’allongeait à chaque cri,
la vache en elle meuglait en vain,
la docilité avait lâché
toutes les cordes.
Pourtant descendre fait du bien.
Brise aquatique,
estompe encore les lignes d’horizon.
Les vagues servent de tampon
aux horizons qui se cognent,
et toi Suzanne qui fond dans le décor
de vieux palmiers et bananiers de négriers
je t’entends encore hurler quand il pleut
et que les larmes gèlent mes joues.
Des coeurs malades,
tu sêmes, vieille bique,
en colère,
20 ans sans te voir
et tu crois que je ne te vois pas,
derrière tes lunettes,
et ta peau de lézard.
Des champs de blé
couvrent encore un peu,
certaines parcelles de terre,
rase campagne,
à vol d’oiseau,
je ne peux pas faire fausse route.
Vol d’oiseau,
singe-toi encore,
veille à tes perceptions érronées,
d’autres rivières
ont tari sur des pierres hautes et plates.
Coule.
La soeur se tient debout
à la tête de l’empire,
le vent souffle dans ses cheveux.
L’empire est une femme ce matin
qui a mal dormi.
Bâille.
Elle recule encore,
et fond.
Flaque.
(…)
Seattle, 28 Janvier 2007.
L'auteur a répondu par ce poème à Pavillon du Grand Monde de Gaspard Viola Santos